La décharge de Médiouna à Casablanca dans un état critique et devient un danger pour la collectivité

Samedi 3 novembre 2018 à 07h34
La montagne de détritus atteint maintenant une hauteur de 50 m. Les dernières pluies fragilisent l'ensemble qui pourrait connaître un effondrement. Le biogaz dégagé par la fermentation de la matière organique peut maintenant provoquer des explosions. La nappe phréatique est contaminée dans un rayon de 15 km selon un spécialiste. Du côté d ela ville de Casablanca, il n'y a toujours aucune avancée significative.

La montagne de détritus atteint maintenant une hauteur de 50 m. Les dernières pluies fragilisent l’ensemble qui pourrait connaître un effondrement. Le biogaz dégagé par la fermentation de la matière organique peut maintenant provoquer des explosions. La nappe phréatique est contaminée dans un rayon de 15 km selon un spécialiste. Du côté de la ville de Casablanca, il n’y a toujours aucune avancée significative.

La décharge de Médiouna a été ouverte en 1986 et devait être fermée en 2010, conformément aux clauses du contrat qui liait Ecomed à la commune de Casablanca, contracté en 2008.

Ce contrat prévoyait également que les deux premières années seront consacrées à la réhabilitation et la fermeture de cette décharge. Les mots réhabilitation et fermeture sous-entendent que la décharge ne peut pas continuer à supporter les déchets des Casablancais. 10 ans plus tard, la décharge est toujours là.

Le niveau d’entassement actuel constitue un très grand risque. La montagne de déchets risque de s’effondrer. Les lixiviats non contenus ont souillé la nappe phréatique. Le biogaz contenu dans le tas de déchets présentent un risque d’explosion.

Le risque d’effondrement

Avant de quitter le site il y a une centaine de jours, Ecomed nous révélait que le niveau des déchets atteignait une hauteur de 45 m, le 23 juillet 2018.

La quantité quotidienne moyenne de déchets déversés avoisine les 4.500 tonnes. Chaque 0,8 tonne occupe environ 1 m3. Selon les estimations d’un expert qui connapit bien cette décharge, l’entassement des déchets solides dépasse aujourd’hui les 50 mètres.

Selon Abderrahim Ksiri, coordinateur national de l’alliance marocaine pour le climat et le développement durable (AMCDD), l’entassement dans la décharge ne doit pas dépasser une hauteur de 15 m. Au-delà de cette hauteur, les risques d’effondrement augmente et l’impact sanitaire et environnemental est énorme.

20.000 têtes de bétail et 1.500 trieurs occupaient la décharge jusqu’au 23 juillet 2018.

Un effondrement éventuel mettrait en danger la vie de toutes les personnes présentes sur place.

La pluie n’arrange pas la situation. A cause du ruissellement de l’eau, les couches de déchets enfouis et de la terre deviennent plus molles. Ce qui augmente les risque d’éboulement.

« Les camions de collecte trouvent de plus en plus de mal à circuler dans la décharge » explique Abdallah Ait Ouadi, ancien directeur d’exploitation de la décharge auprès d’Ecomed.

L’impact sanitaire et environnemental des volumes de lixiviat

Le lixiviat. Ce liquide résiduel très toxique provenant de la percolation de l’eau à travers les déchets, et qui s’infiltre à travers la nappe phréatique, constitue une des plus grandes nuisances de la décharge.

« Les équipes d’Ecomed collectaient 500 m3 de lixiviat par jour. Quand il pleuvait, l’eau augmentait les quantités et nous nous retrouvions avec 1.000 m3, parce que la décharge ne pouvait pas être couverte à cause du bétail et des personnes présentes sur place », nous explique M. Ait Ouadi.

Selon lui, le contrat qui lie le conseil de la ville à la nouvelle société SOS Ndd qui gère actuellement la décharge n’inclut pas la gestion du lixiviat. “La société ne s’occupe que de l’enfouissement des déchets”.

Selon M. Ksiri, la nappe phréatique dans un rayon de 15 km de rayon est contaminée. A 1 km du site, le ruisseau de lixiviat est déversé dans une source d’eau qui, à cause de la décharge, n’est plus utilisée par les habitants de la région (il s’agit de Ain Hallouf).

L’eau n’est pas le seul élément pouvant mettre en danger la santé des habitants.

Dans tous les modèles de décharge utilisant la méthode d’enfouissement, les gestionnaires prévoient une géomembrane placée par-dessus la carrière sous les déchets pour contenir le lixiviat et protéger le sol. La décharge de Médiouna, qui était une décharge sauvage auparavant ne dispose pas de la géomembrane. Le sol est directement livré aux infiltrats des déchets (métaux lourds, polluants organiques et inorganiques…).

Les biogaz

Les déchets à Médiouna sont enfouis (dans de la terre). L’idée est d’extraire des biogaz qui résultent de la méthanisation ou la fermentation des matières organiques en l’absence d’oxygène (d’où l’utilisation de la terre).

Les biogaz sont normalement utilisés dans la transition énergétique.

Dans le contrat qui liait Ecomed à la conseil de la ville, 48 puits d’évacuation de biogaz devaient être installés.

Ecomed n’en a installé que 3. Un constat établi par le rapport de la cour régionale des comptes de Casablanca au titre de l’année 2014.

Les puits sont des canalisations perforées de 60 cm de diamètre, installées partout sur le terrain de la décharge pour permettre au gaz de s’échapper dans l’air.

« Même les 3 puits existants sont actuellement bouchés par les tas de déchets » explique l’ancien directeur d’exploitation de la décharge.

Le biogaz contient jusqu’à 65% de méthane, qui est un gaz extrêmement inflammable, et qui peut devenir explosif à grandes quantités.

Selon l’ancien gestionnaire, les 40 puits prévus par le contrat devaient évacuer un débit de 80 m3 de biogaz par heure. Soit un total de 3.200 m3 de biogaz par heure.

Ecomed avaient prévu de construire les puits avant la fermeture de la décharge. A cause de la non-fermeture, la société a reporté la construction des puits.

« A cause de la non construction, notre manque à gagner en termes de biogaz s’élève à 100 MDH », indique M. Ait Ouadi.

Le biogaz finit par s’échapper par les petites ouvertures dans la terre. Les quantités qui restent au milieu des tas de déchets, risquent de provoquer des explosions s’il y a infiltration d’oxygène.

Alors que les quantités de biogaz auraient pu produire de l’énergie électrique pour les ménages, la décharge présente actuellement un grand risque d’explosion compte tenu des quantités de méthane.

2018-11-03T21:31:01+00:00